mardi 28 janvier 2014

Le couple et l'expatriation




Aaaaah sujet tabou s'il en est....
Evidemment, comme le dit Louis, sur nos facebooks, et meme sur nos blogs, on affiche glorieusement nos photos de piscine et de plages paradisiaques,nos photos en famille bras dessus-bras dessous. Et pour peu qu'une fois on se plaigne (surtout s'il s'agit de futileries du type chaleur / humidite / ennui / eloignement), on recoit une armada de message "de quoi te plains-tu?"
Pour tous ceux loin la-bas, on est riche, heureux et notre vie se passe entre des piscines, des plages de reves et des Jacuzzi remplis de dollars, le champagne coule a flots,
Pour de vrai, on ne vous ecrit pas nos coups de blues car dans nos lecteurs, il y a aussi maman et papa qui peuvent s'inquieter, et puis en effet qui comprendrait?
Quand on part, on a l'harmada de bons conseils, mais sincerement le sujet du couple est parfois vaguement evoque, mais personne ne va vous dire "p*tain on en a ch..."
 
Alors pour de vrais, voici l'article qui leve le voile :)
Ca fait des mois et des mois que j'y travaille! (depuis un post sur Singapour Nanas sur le sujet qui a entraine la bagatelle de 800 commentaires)
 
Evidemment une expatriation, c'est un projet de couple, une decision que l'on prend a deux en son ame et conscience, et que la plupart du temps on prepare... Mais il est difficile de se preparer a tout...
Et globalement tout va bouger autour de vous, sauf le fait que vous etes 2 (voir 3,4,5 et plus suivant la volaille)
 
La base c'est que l'expatriation redistribue les cartes:
- les cartes de l'equilibre dans le couple, que ce soit sur l'aspect financier, le temps a la maison,
- sociales (reseau d'amis a reconstituer, famille eloignee)
- Temps de famille (au final on se retrouve souvent entre nous - ou alors pas, car il est facile d'eviter de s'y trouver)
- la pyramide de nos besoins, et de mon cote le deuxieme niveau n'est meme pas complet...
- la langue et la culture (certes c'est une ouverture, mais lutter pour se faire comprendre, etre vu comme un etranger partout... ce n'est pas facile)
- les vacances (entre 15 et 25 jours de vacances par an, et faire rentrer dedans un sejour en France ou on doit voir tout le monde .... couple bi-nationaux, vous allez en baver!)
- et je ne parle meme pas du quotidien
 
Bref.... il y a tous les cas de figures, mais globalement, l'equilibre que vous aviez va completement etre modifie. Pour peu que vous arriviez comme on la fait, un peu a l'arrach', avec un petit budget, en faisant l'ecole a la maison... Que vous ne soyez pas en accord avec votre nouvelle vie ou que votre progeniture vous en fasse baver...Vous empilez les epreuves (mais on survit, la preuve!)
Et globalement, tout le monde en a a dire sur le sujet....
 
# 1 - L'expat' de metier
 
Chaque destination dure entre un et cinq ans maximum, le plus souvent trois ans.
Derriere un package de reve (joli condo, secu sociale et retraite maintenue, un salaire qui est parfois de l'argent de poche....), c'est un vrai sacerdoce....
Ah oui, on en reve de cette vie remplie de nouvelles decouvertes,
Mais reconstruire a zero sa vie sociale a chaque nouveau depart, et je parle pas des enfants, ni du conjoint qui recommence a zero ses envies de carriere a chaque fois.
Un anglais me disait avec emotion qu'il admirait que sa femme a chaque nouvelle ville fasse le tour du voisinage "Bonjour, je suis S., j'habite la maison la, je viens d'arriver", telle le VRP...
A cela peut s'ajouter le fait d'etre hors d'une realite quotidienne (le retour va faire mal), et la jalousie de ses congeneres, amis et familles...
 
 
Globalement, le conjoint est dans bien des cas a la maison, a s'occuper des enfants ou du quotidien, a passer son temps entre shoppings, manucures et futilite.... enfin c'est ce que l'on imagine...
La solution? Trouver un(e) amant(e), une activite qui pourra vous satisfaire et vous suivre (investissement dans des associations, monter son activite, reprendre des etudes, devenir ecrivain, artiste, .... ). Bref, suivre tout en ayant un epanouissement propre et surtout surtout.... Maintenir son cercle social de depart et celui qui se construit au gres des expatriations (ne pas lesiner sur les aller-retours, l'accueil, le maintien des liens )
Et puis le/la rameneur (-se) de croquettes vous confiera au cours d'un dejeuner "Au final, j'ai perdu l'admiration que j'avais pour mon conjoint, est-ce que ce n'est pas le debut de la fin?"
 
# 2 - "Je lui en veux d'etre parti(e)"
 
Une conjointe suiveuse (et maman), qui a pu suivre son mari en partant avec son entreprise, me disait ca au cours d'un dejeuner. Elle est loin de sa famille, des ses amis (meme si certains sont ici), de son quotidien avec des defauts certes, mais qui lui convenait. Evidemment cadre confortable, ils travaillent tous les deux, et elle a meme pu suivre en restant dans sa boite, mais comme elle le dit, elle a perdu au niveau "responsabilites" ( grosso modo elle a pris le poste qui etait vacant ici). Mais certainement, le point le plus dur a quitter a ete son environnement social.
 
Imaginez juste partir, reconstruire une vie et devoir affronter la recherche d'un travail en plus?
Pour la plupart, notre carriere s'est deroulee naturellement et nous avons rarement ete en recherche active sans rien derriere. Et puis, avoir 10 ans de carriere, etre cadre et s'entendre dire a longueur d'entretiens que l'on a pas d'experience asiatiques, que l'on a jamais assume de telles responsabilites, et qu'on ne sait peut etre pas travailler avec d'autres cultures, ca fait mal,
Rencontrer des couples qui ont le meme age, les memes etudes, et un rapport de 1 a 10 dans le salaire de celui qui suit... oui ca fait mal....
 
C'est aussi une pression enorme d'etre le/la rameneur (-se) de croquettes principal, et ca n'aide pas a detendre les relations.
 
La solution? Entamer rapidement une psychotherapie, se booster le moral, aller de l'avant, se vendre, y croire, reconstruire un reseau social et garder le precedent, regarder le cote positif (la decouverte culturelle, la douce vie singapourienne....), se comprendre l'un-l'autre....
 
# 3 - Le rythme de travail
 
Ah ben oui, on vous fait venir de l'autre bout du monde c'est pas pour vous tourner les pouces.... et d'ailleurs meme en contrat local, embauche comme un local, vos RTT sont loin, loin, loin....
 
Il y  le cas du rameneur de croquettes qui vit mal que son/sa conjoint(e) soit a la maison, en train de faire ce qu'il/elle a toujours reve de faire (theatre, reprises d'etudes, sport a volonte, vie intellectuelle de reve, ballader les visiteurs, passer du temps avec les enfants....)
Et il y a le cas du conjoint(e) qui en peut plus d'avoir un(e) cheri(e) qui bosse tard, part en biz'trip a longueur de temps, est mort(e) le week-end, ne s'interesse plus a rien, deviant gras(se) du bidon et mou (molle) de la fesse,
 
Pour peu que votre compagnon(ne) soit workaholic....
On ajoute a cela les fameux business trips...
 
Et au final.... deux vies qui s'eloignent....
 
La solution? Outre trouver un(e) amant(e), se preserver des temps de retrouvailles (un diner par semaine, un dejeuner par semaine, une activite en commun au moins sur le week-end, l'organisation des vacances a rythme regulier ensemble, partager quelques sorties de boulot ensemble, et aussi maintenir un epanouissement personnel (et ne pas se narguer mutuellement)
 
 
# 4 - Nos pires ennemis: le melon, la fievre jaune, le demon de midi, la crise de la quarantaine...
 
Soyons clairs, etre expats, c'est tout un ensemble de nouvelles tentations...
 
a- vous etes blancs, beaux et riches (enfin c'est comme ca qu'on vous percoit) et il est parfois difficile de resister a ses hordes de celibataires caucasiens qui n'ont pas la fievre jaune, ou a l'inverse aux assauts d'une gente feminine locale qui outre l'exotisme, voient derriere le porte-monnaie un nouveau statut social. On oublie parfois la chansonnette de Souchon "quand je serais K.O..." ... oui il y a quelqu'un qui vous a suivi, soutenu, et sans qui vous n'en seriez peut-etre pas la (ok si vous vous dites que vous series bien plus loin, je ne peux plus rien pour vous) (ne soyons passexiste, le conjoint a domicile peut aussi s'eprendre du (de la) prof de tennis... c'est a double entrée)
 
b- Je suis dans les Ressources Humaines, et je place des candidats.... Combien de fois ai-je entendu qu'on ne voulait pas d'un francais pretentieux qui a pris le melon en arrivant....
Bien souvent il faut savoir se souvenir qu'on est ni rien de moins, ni rien de plus que soi, et que ce qu'on a construit, et qu'en face les autres peuvent nous apporter, et que souvent on fait partie d'une equipe, d'un projet, on a un(e) predecesseur(-se) et un(e) suiveur (-se)
 
C et d... bon ben les expats ont en majorite entre 30 et 50 ans, rien d'etonnant a ce que ca les touche aussi au moins autant qu'en France, peut etre plus violemment vu l'ensemble des elements...
Suffit que a et b s'en melent et qu'en plus le/la conjoint(e) soit penible, depressif, ou juste en souffrance dans son statut, on a un joli cocktail Molotov...
 
J'ajouterais, qu'en sus... on se sent un peu hors lois... et donc cela pulverise pas mal des interdits...
 
Bref, oui parait que le taux de divorce en expatriation est superieur a la moyenne...
 
C'est aussi une belle experience,
C'est aussi un formidable moyen de se retrouver (on est tous dans le meme bateau), de se (re)decouvrir et de pousser ses limites...
Le plus important, aimer ce que l'on fait, ce qu'on decouvre et apprendre a s'aimer dans cette nouvelle vie...
Et parfois on se demande si l'impatriation, aussi douloureuse soit-elle, peut nous alléger....
 
 
Quelques textes sympas sur le sujet:
 
- J'adore cet article parce qu'elle resume mes sensations en arrivant
 
- Le site Femmexpat regorge d'articles sur le sujet,
 
- Et puis on en reparlera, mais c'est peut être l'occasion de se re-energiser!
 
 
 
 

4 commentaires:

  1. comment peut-il n'y avoir AUCUN commentaire à cet article...hum, le silence en dit long....de retour en France en urgence après avoir fait les frais des effets secondaires de l'expatriation sur le couple.....

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    1. Personne n'a osé commenté ici... Beaucoup de commentaires reçus personnellement ou dans le cadre privé ou presque...
      Énormément de personnes se sont retrouvés au point de penser que je racontais leur vie sans les connaître....
      Oui c'est dur...
      http://pouletteslaventure.blogspot.sg/2014/02/positive-poulettes-power-le-ppp.html

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  2. Je souhaiterais que les décisions d'expatriation se prennent réellement à deux, après moultes concertations avec son conjoint. Qu'en parfaite connaissance de cause, et après bénédiction de votre part, le couple part, joyeux et confiant, pour une nouvelle aventure décrite comme dorée...

    Mais est-ce véritablement comme cela que ça se passe ?

    Comment dire à son homme (c'est souvent lui qui est déclarée apte à l'expatriation par son employeur) que l'on refuse de le suivre quand il peut voir sa carrière véritablement décoller (enfin c'est comme ça qu'on le lui a vendu) et son salaire TRES largement progresser ??? Pour notre boulot - qui rapporte, ok, mais pas tant que ça non plus et avec un progression dans les responsabilités qui va à toute petite vitesse ? : il nous dira que son augmentation comblera largement la différence !

    Ce qu'il oublie de dire (parce qu'il l'ignore lui-même à ce moment là) c'est que cet argent gagné, c'est le SIEN, pas le vôtre. ET CA IL EST ESSENTIEL QUE VOUS LE COMPRENNIEZ BIEN.

    A partir d'un moment, et si vous commencer à ruminer sur le bienfondé de votre sacrifice et commencez à vous poser des (bonnes) questions (traduction pour lui : = vous devenez chiante), cette vérité ne manquera pas de lui apparaître dans toute sa clareté.

    Et là, vous serez très mal, car il prendra les décisions SEUL, en patron qu'il est devenu, à sa sauce et selon ses propres priorités du moment (et là, regardez bien autour de vous : une maîtresse à entretenir peut-être ??? / d'autres futilités (alcool, copains, casino) qui tt à coup le gratouillent ?).

    Et vous, avec vos angoisses de sécurité (maison à acheter pour stabiliser tt ça, études des enfants à provisionner, prévision du retour etc...) ? NADA. Non seulement vous ne serez plus écoutée mais en plus vous serez totalement ignorée, réduite alors au seul rôle de bobonne (au mieux la bourge qui ne fout rien de ses dix doigts).

    Vous vous croirez crédible ? Votre homme, dans toute sa maturité de quadra en pleine crise, se demandera ce qu'il fait avec vous alors qu'il est entouré de pépettes affriolantes qui le regardent comme un dieu sur pattes. Au mieux, il est content d'avoir ses enfants et sait que ça passe par vous. Mais, souvent, même ça il finira par l'oublier, pétri dans une omnipotence que personne ne peut soupçonner à l'heure de la prise de décision.

    Et vous, quelle marge de manoeuvre aurez-vous ?

    A 10.000 km de la France, sans boulot, sans point de chute réel si ce n'est chez les parents, des enfants à charge pour lesquelles vous vous battrez pour avoir la garde, avec une pension minable que Monsieur daignera vous verser s'il est gentil (comptes à l'étranger = difficilement saisissables) ? AUCUNE. Croyez moi, aucune.

    Mais ça personne ne vous le dira. Ca fait moche, ça fait loser. Bcp de vos copines sont dans le même cas, mais elles font celles qui ne se posent pas de question. Forcément, quand il n'ya pas de réponse !!!

    Et moi je pense que se sentir (et être) en insécurité, ça n'aide pas à avoir un couple solide !

    Je vais être dure, mais pour moi : mutation, piège à con....

    Vous l'aurez compris : je parle ici de mon expérience personnelle. Je suis partie confiante, la fleur au fusil. Le retour du bâton n'en a été que plus douloureux. Tout à reconstruire.... à 50 piges, des enfants dont il faut financer les études supérieures (dans le meilleurs de cas, car cela signifie qu'aucun n'a décroché et qu'ils ont tous bien vécus les chocs expatriation/divorce/réinstallation), redevenir crédible (TRES DUR !!!) face à un employeur (vous, la boubourge qui, avant de démissionner pour le bien de la carrière de Monsieur, travailliez), une retraite minable qui s'annonce....

    Partir certes, c'est super. Mais sans aucune illusion sur la réalité des faits : vous construisez la carrière de votre époux. Pas la vôtre. Et un couple, à 40/50 ans, ça tangue très fort, surtout à l'étranger.

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